Chronique en rouge et noir
25 septembre, 22h18
« Dédé » le Rennais, l'Ami... trano
Purée, ça m'a fait un choc de découvrir une photo récente d'André Amitrano sur le site officiel du Stade Rennais : « Dédé », le gardien du Gym de ma jeunesse, a, il est vrai, 50 balais ! Et n'a plus la coupe de cheveux à la Mireille Mathieu que le goal volant arborait au milieu des années 1980 lorsqu'il gardait les cages du Gym.
Du coup, je me suis replongé dans mes archives perso, et je suis tombé, saison 1983-1984, sur cette photo : « Dédé » Amitrano qui s'envole dans les airs face au Racing (en barrages) sous les yeux de Bruzzichessi, Joly, Blanc (OGCN) et Madjer (Racing). Sur son maillot, vert, n'était pas écrit Zorro, mais « Bonbons Haribo », ne rigolez pas, c'est véridique ! Cette saison-là, en D2, Nice (53 points) avait terminé second derrière l'OM (56) et devant... Lyon (47) avant d'échouer (de se faire voler plutôt) en barrages d'accession face au RC Paris.
André Amitrano, né le 30 novembre 1957, à Mers-El-Kébir, fils de pied-noir mais enfant de La Bocca, c'était la classe à l'état pur. Un gardien pas très grand (1,74 m), mais doté d'une superbe détente et très sûr sur sa ligne. « Dédé » a effectué toute sa carrière sur la Côte d'Azur et a sans doute réalisé ses plus belles années à l'OGC Nice (1982-1988) même s'il a garni son palmarès avec Monaco (un titre et une coupe) et joué aussi en D1 avec Cannes (1988-1993).
Remarqué par Gérard Banide, Amitrano a débuté sa carrière à l'AS Monaco comme doublure de Jean-Luc Ettori et l'a fini comme... doublure de l'ancien Niçois Michel Dussuyer, à l'AS Cannes. Entre-temps, « Dédé » a réalisé des prouesses sous le maillot nissart. Surtout en D2, durant trois belles saisons (3e, 2e et enfin premier en 1984-1985). A cette époque, le gardien collectionne les 5 dans France football. A Gueugnon (0-0, 33e j. 1983-84), il obtient même un 6 du scribe local qui titre : « Le festival Amitrano ».
Le gardien, d'abord prêté par l'ASM puis qui a signé pour trois ans, attire les convoitises à l'intersaison. Cinq clubs de D1 veulent l'engager, mais le président Mario Innocentini est ferme : « Je ne l'échangerais pas contre un autre gardien français, d'autant que c'est un professionnel exemplaire. » « C'est l'un des cinq meilleurs gardiens français », estime Carlos Curbelo. « C'est un chat », dit Patrick Bruzzichessi.
Aérien et doté d'une prise de balle exceptionnelle, André Amitrano rassure sa défense et réalisera en 1984-85 une saison remarquable, à l'image du Gym. Après le derby Cannes-Nice, gagné 2-0 chez le leader (buts de Curbelo et Françoise), le 29 septembre 1984, Jean Sérafin, l'entraîneur, est déchaîné : « Mais écrivez-le donc qu'Amitrano aurait largement sa place en équipe de France ! », dit-il à Victor Sinet, une plume de « L'Equipe ». « Non, non, ne mettez surtout pas cela dans votre journal, cela paraîtrait prétentieux », répond ce garçon modeste et timide au journaliste.
C'est clair : Amitrano n'a pas eu la reconnaissance qu'il mérite. Ni la carrière d'ailleurs. A l'époque, la D2 n'est pas médiatisée, malgré la présence de clubs historiques (OM, Nice, Lyon, ASSE). Quand il remonte avec le Gym en D1, l'équipe tourne plutôt pas mal (8e puis 11e), mais elle n'enflamme pas le public, ni la presse, comme du temps de la D2, où Nice a connu des moments épiques et jouait bien au ballon : barrages 83-84 face au Racing, duel avec l'OM, Lyon, Cannes et Saint-Etienne, match de la montée à Grenoble. Amitrano, qui a pour doublure Fabien Piveteau, assure pourtant trois saisons régulières (à 38 matches, 35 et 38), mais sans brio, et donc on parle moins de lui. « Amitrano le méconnu », titre encore « L'Equipe » dans une interview du gardien, qui se dit en pleine force de l'âge, à 27 ans.
En 1988, après une saison décevante du Gym, 16e malgré une demi-finale en coupe de France, « Dédé » est échangé avec Gilles Morisseau à Cannes. Cette saison-là, en 1988-89, Nice, 6e, retrouve les sunlights, grâce à un Daniel Bravo (15 buts) euphorique tandis qu'Amitrano fait encore le métier (1988-89, 36 matches, 12e) avant de perdre sa place la saison suivante au profit de Michel Dussuyer, sa doublure au Gym en 1982-83 ! L'ancien Niçois est sans doute parti une saison trop tôt. Il passe encore trois ans en D1 mais ne joue que 6 matches; l'ASC descend en D2 en 1991-92 et Amitrano stoppe sa carrière la saison suivante. La boucle est bouclée...
André Amitrano restera à Cannes, où il s'occupe de l'entraînement des gardiens du centre de formation jusqu'en 2002. Il suivra ensuite d'anciens copains de l'ASC, Alain Ravera (à Valence et Guinguamp) puis Pierre Dréossi à Rennes, avec qui il a également joué trois saisons en D1 ans au Gym. Amitrano est en Bretagne depuis novembre 2007, il a remplacé un certain Christophe Lollichon, parti à Chelsea entraîner Petr Cech. Le soleil de sa Côte d'Azur natale ne lui manque par car à Rennes, dit-il, « c'est la première fois que je travaille dans des structures aussi belles et professionnelles. C'est difficile de trouver mieux dans la qualité des terrains et du matériel. Ce qui nous est donné, c'est le top ! »
A Rennes, dans un club européen, André Amitrano est heureux, c'est l'essentiel. Au plaisir de te revoir un jour, cher « Dédé », on pourra peut-être discuter de toutes ces années passées sous le maillot rouge et noir durant lesquelles tu m'as tellement fait vibrer. Brrrr, ces envolées de chat, ces arrêts sur ta ligne, ces sorties au poing entre Carlos et Bruzzi, j'en frissonne encore...
Sa carrière en bref
Joueur : Formé à l'AS Monaco (1978-1982), où il n'a joué que 5 matches en professionnel, OGC Nice (1982-1988), AS Cannes (1988-1993)
Entraîneur des gardiens : AS Cannes (Centre de formation, 1993-2002), ASOA Valence (2002-2005), En Avant Guingamp (2005-2006), AS Cannes (2006 - novembre 2007), Stade Rennais FC (depuis novembre 2007).
Mon top 5 des gardiens du Gym (depuis 1970) : 1. Dominique Baratelli, 2. Hugo Lloris, 3. André Amitrano, 4. Lionel Létizi, 5. Bruno Valencony. Un classement basé sur les années passées sous le maillot rouge et noir, forcément subjectif, si vous voulez donner le vôtre, n'hésitez pas.